mardi 31 janvier 2012

Le semeur

À la mémoire de Lucien Samuel


Il suffit parfois d'un seul mot ou d'un sourire bien envoyé, au bon endroit et au bon moment. Un élément déterminant qui déclenche chez une fillette un peu pâlotte l'ambition démesurée, le désir ultime de devenir une grande artiste. 

Tous les jours de petite école, je retournais dîner à la maison. Ma grand-mère nous y attendait, mes soeurs et moi. Elle prenait bien soin de plier un essuie-tout en papier pour chacune de nous et d'y dessiner d'une main maladroite et aimante, une série de personnages et d'animaux. Ma première collection d'oeuvres d'art.

Mon grand-père n'avait qu'à me regarder de ses beaux yeux remplis de bonheur et de complicité pour que je me transforme en apogée de tous les potentiels du monde. Il a semé l'idée que je méritais d'être qui je voulais être.

La petite fillette que j'étais a reçu pour ses huit ans un portfolio en cuir. Je ne pouvais pas le soulever tellement il était grand. Il était grand et magnifique et je l'ai conservé comme un trésor au fond de mon garde-robe pendant près de quinze ans. Quelle mère aurait offert un tel cadeau à un enfant de huit ans? Une mère qui connait si bien son enfant, plus qu'elle-même. Ce cadeau a changé ma vie. Il a semé l'idée que je devais devenir qui je voulais être.

Que je me le dois, je nous le dois toutes.


samedi 31 décembre 2011

Le guide du parfait artiste - édition 2012



Vous vous souvenez le bricolage? L'un des premiers actes de création du petit artiste en devenir. Parfois on met tant d'énergie à tenter de contrôler des médiums pas possibles, des technologies tellement variées et infinies qu'on en oublie la spontanéité, la vivacité, la joie. Une oeuvre a bien le droit d'être miniature, d'être en bouts de ficelle et de carton. Elle n'a pas toujours à prouver que son créateur est capable de tout. Avec le multidisciplinaire est née une certaine ère de liberté, autant de possibilités qu'on ne saurait en nommer. 

Et comme on exige de chacun une polyvalence, un savoir horizontal et vertical: L'artiste doit tout connaître des logiciels de modélisation 3D, être à la fine pointe des technologies web, sonores, des écrans et des projections. Il a aussi le devoir de maîtriser les bases académiques, le modèle vivant, la chimie des matériaux. À l'époque des médias sociaux, être artiste requiert également des talents et aptitudes en communication, design, évènementiel, service à la clientèle. Parler plusieurs langues, un must. Être habile avec les chiffres, essentiel.

Mon unique échappatoire, puisque je remplie que bien peu de ces nombreuses exigences, est de faire tout un peu tout croche. Mes vidéo sont des collages pas vraiment techno, mes installations sont bricolées, mes peintures n'en sont pas, elles sont de fibres et de chimies incontrôlées et mes communications... c'est vous.

Notre monde rapide et explosif exige beaucoup de tous les êtres et heureusement, nous avons la capacité souvent de nous accepter tel que nous sommes et d'essayer très fort de devenir ce que nous choisissons d'exiger de nous-même. 

Ce sera une autre belle année pour les arts.

lundi 31 octobre 2011

Art story



Tomber amoureux. Rencontrer cette personne-là, qu'on attendait sans trop sans rendre compte. Se sentir plus tangible que jamais juste parce qu'on réussit à sortir un peu de soi. On se décale, on fait un petit voyage astral et on se voit de dehors, comme à l'intérieur de l'autre. Au début on dit seulement ce qui paraît bien, attirant. Éventuellement l'autre en veut plus. On lui ouvre une porte et puis une autre. Et alors pour lui il faut creuser plus loin, lui prouver qu'on a existé avant lui.


On tombe amoureux et on souhaite ne jamais être séparé de l'autre. On ne veut pas rester seul.


L'art m'a rencontrée quelques années seulement après ma naissance. Je ne sais pas trop comment ça s'est passé. Malgré toutes mes histoires de famille, toutes mes histoires d'enfant voilà qu'il m'a trouvé.


Depuis, je n'ai plus jamais été seule. Je veux lui prouver des tas de choses et ça exige beaucoup de moi.


Je ne sais plus trop si j'ai existé avant lui.




vendredi 30 septembre 2011

Le silence crée la stupeur



Petit fait divers. Hier soir, lasse et endormie, j'agrippe la télécommande et éteint le téléviseur. Mon chat qui passait par là a alors réagi très fortement. À mon grand étonnement, il a sursauté. Je vous dis, un coup de tonnerre aurait eu le même effet.

Ce serait donc à dire que le silence a le pouvoir de faire tressaillir, de créer la stupeur.

Ça me rappelle une phrase de Kandinsky : Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

Le silence n’est alors pas que la mort, que l’arrêt, la disparition et l’effacement. Il est renaissance, reconstruction, le silence est le possible. Comme après la guerre, quand on enterre les morts, qu’on soigne les survivants, qu’on se soigne et qu’on rebâtie. Autour des tombes, il y a le silence de la nature et de l’air.

Le 11 septembre dernier (c’est la vérité), avait lieu un déjeuner causerie dans le cadre du Mois de la photo de Montréal. Beaucoup d’émotivité, beaucoup de silence et même quelques malaises. Les artistes, souvent mauvais vendeurs, pataugent dans des émotions intimes qui bien que nécessaires à leur état de création, ne se révèlent que biographies superflues lors de la réception des œuvres. Et soudain, la stupeur. Le photographe et minier Roger Ballen entre en scène. D’un silence lourd de sens ponctué de poésie, il balaie les incertitudes et les égarements. Sa voix théâtrale hypnotise, se propage gravement et résonne dans cet immense arsenal pour transmettre une chair de poule générale à l’assemblée. Il est question de sonder les profondeurs de la psychologie humaine, de retourner les globes oculaires vers l’intérieur. Ceux qui y étaient s’en souviendront je crois. Moi ça m’a marquée.

Des images fantastiques et des silences qui le sont encore plus. Il n’en faut pas plus pour comprendre que tel le phœnix qui renaît de ses cendres, l’être humain ne serait rien sans le néant. Dans le silence, il y a l’effacement, la mort, la disparition et donc la reconstruction, la création et encore l’idée que tout est possible. Et il y a la nostalgie aussi, mais ce sera le sujet d’un autre billet, parce qu’il est temps que je me taise.

À voir: http://rogerballen.com/

À entendre: Le merveilleux 4min33 de John Cage: http://www.youtube.com/watch?v=gN2zcLBr_VM

samedi 30 juillet 2011

Le travail timide



Une première exposition depuis la fin des études. Merci à tous ceux qui ont fait de la soirée du vernissage et des autres jours de l'exposition un véritable défilé de mots, d'encouragements, d'intérêt et de présence. Mes oeuvres et moi sommes si intimidées par le regard des autres! Pourtant, votre regard a été respectueux, parfois tendre, parfois perplexe, mais toujours respectueux.


Timide ou pas, montrer mon travail lui confère de nouveaux sens, parce qu'entre les murs de l'atelier, personne d'autre que moi n'est là pour entendre le bruits des arbres qui tombent.







Le vent dans les voiles, vous m'avez offert un élan fou: de nouveaux projets dont je vous parlerez bien assez tôt...

Et le Fast Festival de Sorel Tracy qui se termine ce soir. J'y présentais une installation vidéo...
Extrait de L'une l'autre bientôt disponible: vimeo.com/marielevasseur




À voir: l'exposition de Berlinde De Bruyckere au DHC/ART. Dur, poétique et terrifiant: à l'image de la nature humaine.

À vivre: Le Musée d'art contemporain du Massachuset (MASSMOCA) dans un petit trou ex-industriel qui a trouvé son salut en l'art. Les fresques de la rétrospective de Sol Lewitt sur trois étages sont à couper le souffle: je crois que les oeuvres de Lewitt nous rendent meilleurs.

jeudi 9 juin 2011

Une question à bien des réponses




Un nouvel atelier. Une exposition en juillet. Le travail va bon train, je mène plusieurs projets de front et ne réalise pas tout ce temps qui passe. Ceux qui me sont chers vieillissent ou ont des petits bébés, ils sont si près et si loin à la fois. Je ne sais plus qui a dit: on ne change pas, on devient juste plus nous-même.


C'est une tâche assez ardue et abstraite devenir qui on est vraiment. Où suis-je bien, pourquoi suis-je bien quand je le suis? Pourquoi suis-je là? Trouver sa place. Créer. Je me sens à ma place à l'atelier, au musée, à la galerie, et le nez dans les livres. Je me sens à ma place lorsque je suis seule. Je suis comme ça.


L'artiste n'est pas toujours intéressant, drôle, divertissant, rentable. Je suis artiste, j'espère du moins le devenir, et je crois viséralement que l'art est une réponse à bien des questions.


Ou plutôt une question à bien des réponses.