vendredi 31 décembre 2010

L'art de l'an dernier

À l’aube d’une nouvelle année en mesure de calendrier.
Des tas de souhaits pour le monde de l’art, en particulier pour celui d’ici.
Parce qu’en Europe, il est très bien vu et répandu d’acheter de l’art.

Pour un petit lieu où il fait bon vivre mais où ce n’est pas facile pour les arts.
On ne peut que souhaiter que les collectionneurs se multiplieront, que le travail des artistes québécois acquérra une valeur. Une valeur marchande ? Pourquoi pas. Une valeur aux yeux d’un public plus large ? Oui. Penser pouvoir vendre ses œuvres, se sentir fort et se partager aux autres. Ne plus dépendre des formulaires et des demandes de subventions qui sont toujours pour les autres de toute façon.

Et si plutôt que d’acheter un horrible téléviseur beaucoup trop grand, on achetait une peinture, une sculpture, une estampe ou un dessin qui nous plaît ou nous bouscule.
Plus de contemplation, plus de paix.

Moins de publicités malsaines.
Moins d’horribles téléviseurs.
Posséder moins pour avoir mieux.

Vous connaissez La Peau de l'Ours ? Le concept d’origine française a été repris par un groupe de collectionneurs québécois. Des amis de quartier ont décidé d’investir ensemble dans l’art d’ici et ont amassé une magnifique collection présentée jusqu’à la fin janvier à la maison de la culture Frontenac. Allez voir ça, c’est inspirant :


«La meilleure façon de soutenir un artiste, c’est d’acheter un tableau, estime Robert Poulin. Ça lui donne du courage pour continuer. À part la peinture commerciale rue Saint-Paul (Vieux-Montréal) l’été et celle de Baie-Saint-Paul, qui se vend très bien, le métier d’artiste peintre est malheureusement un métier de crève-la-faim.»















Robert Poulin, fondateur et éclaireur de La Peau de l’ours. Photo Chantal Poirier
http://www.lapeaudelours.com/
http://ruefrontenac.com/spectacles/90-exposition/31732-poulin-peau-ours

Pour 2011, je nous souhaite plus de collectionneurs et plus d'art.

L’heure des bilans / un peu cliché je sais...


- 2010 départ d’une géante de l’art contemporain : Louise Bourgeois.
- 2010, La première télé-réalité sur l’art visuel. Je suis accroc. http://www.bravotv.com/work-of-art
- 2010, les prix Sobey les plus plates jamais vus
- 2010, l’année de mon premier atelier/studio,
www.lagarconnierestudio.com

jeudi 25 novembre 2010

Tout est à refaire

Novembre et ses morts, la venue du gel et le sommeil des arbres.
Pourtant, il semble que la lumière soit plus douce que jamais.
L’atelier fissuré est baigné d’une chaleureuse mélancolie.




Novembre est le mois où ça prend fin.
Rien ne se perd, il ne reste plus qu’à créer.





Une exposition terminée, mes petits sont de retour à la maison.
Il faut de nouveau trouver un lieu physique de diffusion.
Pas simple de faire voir aux autres notre travail.
Pas facile de faire de l'art le centre de mon univers.
Je voudrais que mon art soit autosuffisant. Qu'il puisse s'offrir le
meilleur bleu phtalo du monde, qu'on puisse voyager ensemble.



Et alors, le doute et le découragement font place une très belle idée.
L'idée toute simple que l'art me suffit.
C'est novembre et tout est à refaire.
Ça me suffit amplement.


À voir: Des statues sous l'eau, délirant et touchant www.underwatersculpture.com/

jeudi 30 septembre 2010

De temps en temps



AU VU ET AU SU célèbre son premier anniversaire. Merci à vous qui lisez ce blog de temps en temps et qui pensez que l'art vaut la peine qu'on y consacre sa vie.



Depuis le premier article publié sur ce blog, l'art du monde, celui du Québec et celui de mon atelier ont chacun fait leur bout de chemin. Que diriez-vous d'une autre année, juste pour voir ce que ça fait...

samedi 31 juillet 2010

L'atelier: le lieu absolu



Le plasticien français Bernard Lavier a dit: L'espace, c'est le luxe absolu.

L'artiste ou l'artisan qui désire créer se doit d'investir un lieu. Ou plutôt se doit-il d'investir dans un lieu de création, quitte à en laisser sa chemise. Une chemise perdue, un tablier retrouvé. L'atelier coûte cher, son entretien exige temps et sueur. Travailler dur pour pouvoir se permettre de travailler. L'artiste ne dispose que de 24 heures par jour pour gagner un salaire, développer sa pensée et articuler son propos, approfondir ses connaissances techniques des matériaux, rédiger et envoyer des dossiers dans l'espoir d'être vu, vivre, aimer et ultimement; créer.

Si l'espace est le luxe, le temps en est un tout aussi précieux. Pas seulement pour nous artistes, mais pour tous. Comme si nous combattions de toutes nos forces, à contre-courant, dans une mer déchaînée d'événements, de rendez-vous, de responsabilités, de deadline, de culpabilité et de déceptions. Vouloir atteindre la rive pour quelques minutes de paix. Un infime pourcentage de notre temps est voué à aimer, être aimé, être heureux et créer. Et pourtant, ce sont ces quelques minutes qui nous permettent de survivre aux nombreuses heures dépensées au fond d'une prison de performance.

L'atelier est pour l'artiste, un abri, un refuge. Un micro système solaire d'où émane une énergie infinie. Une cabane à oiseau géante, loin des cages et à l'orée des bois.

À faire: Tenter de préserver nos forces pour ce qui compte vraiment. Malgré tout.

À voir: Le travail d'Irène F. Whittome, qui a acheté toute une carrière de granit pour en faire son atelier. Quelques oeuvres de cette impressionnante artiste sont présentées au Musée des Beaux-Arts de Québec dans le cadre de l'expo Femmes Artistes http://www.mnba.qc.ca/femmes-artistes.aspx

À voir bientôt: La fondation Molinari inaugurera sous peu l'atelier du défunt peintre Guido Molinari à Montréal transformé en un lieu de diffusion http://www.guidomolinari.com/fondation.htm








Photographies de haut en bas:
Mon atelier (en construction)
Joan Mitchell dans son atelier
Bruce Nauman dans son atelier
Atelier de Francis Bacon

mercredi 30 juin 2010

L'art au soleil et à l'ombre


Photographie par G.Fournier 2010 gabrielfournier.com


Une idée qui me vient comme ça.

Tenter de demeurer attentif devant une œuvre qui ne nous dit pas grand-chose. Très longtemps. Jusqu’à ce que les formes, les bruits et les mouvements nous avalent tout rond et qu’on réalise l’ampleur de notre capacité de contemplation ou simplement de notre incapacité à saisir tout ce que l’Autre a d’important à nous dire.

Entrer dans une petite librairie pauvre et en sortir des poésies à la main. Lire et regarder les poésies d’un bout à l’autre. Deux fois même. Faire le choix de comprendre que tant nous échappe et que c’est superbe ainsi.






À lire: La déposition des chemins de Nicholas Dawson, aux éditions de La Peuplade
À voir: Runa Islam au Musée d'art contemporain de Montréal jusqu'au 6 septembre

À faire: Lire au soleil et voir de l'art à l'ombre.

samedi 29 mai 2010

L'impression: la cicatrice hors-corps


Ces artistes qui impriment : un précieux survol de l’art imprimé au Québec est présenté dans la salle d'exposition principale de la Grande Bibliothèque et dans la salle Gilles-Hocquart du Centre d'archives de Montréal. 88 artistes et plus de 200 œuvres émergent de la fascinante faune contemporaine québécoise.

L’estampe a longtemps été associée aux métiers d’art puisque que sa pratique est très technique et complexe. Pourtant, elle est vieille comme le monde. Et ce n’est pas peu dire : les cavernes de Lascaux ça vous dit quelque chose?


C’est peut-être cette réputation de quasi métier d’art qui a permis à plusieurs femmes artistes québécoise d’obtenir une reconnaissance et une certaine visibilité. C’est réellement réjouissant de constater le nombre un peu plus élevé qu’à l’habitude d’artistes femmes dans une exposition de cette ampleur. Francine Simonin (oeuvre ci-haut), Betty Goodwin, Elmyna Bouchard et Geneviève Cadieux sont des artistes importantes et marquantes de leur époque. Vous n’avez aucune excuse de ne pas aller visiter Ces artistes qui impriment jusqu’au 3 octobre 2010.

Tracer, creuser, encrer, imprimer : un procédé essentiel à la transmission de l’histoire, de la mémoire et du vécu.

Je vous partage l’émouvante performance de l’artiste mexicaine Teresa Margolles. Encre indélébile, le sang des milliers de victimes de la guerre de la drogue imprimée au sol par leurs proches, encore et encore.

À visiter : la Galerie Orange, dans le Vieux-Montréal. Sympathique mine d’or aux milliers d’estampes québécoises, bien cachée entre les nombreuses galeries commerciales sans intérêt du quartier. Personnel toujours des plus accueillants. www.galerieorange.com

vendredi 30 avril 2010

Sculptures éphémères: l'action pure du geste

 Au moment où vous lirez ce billet, l’exposition de Fabrizio Perozzi à la galerie montréalaise Joyce Yahouda sera probablement en démontage. N’ayant pas bien fait mon travail de promo, je me rabats sur une réflexion que m’a inspirée Perozzi et certains autres artistes qui ont une pratique éphémère.

À première vue, les peintures de Perozzi peuvent sembler plutôt hermétiques, purement formelles. Formelles oui, et tout aussi fascinantes. Assemblages d’objets, véritables sculptures éphémères aux matériaux transparents, réfléchissants. Si banales et pourtant si uniques et sensibles, les natures mortes du peintre nous ramènent à l’essence même du geste, de la relation du corps aux objets.

Les sculpteurs éphémères, un peu performeurs peut-être, ont cette qualité d’avoir un geste qui n’a d’autre finalité que le geste lui-même. Pensez aux célèbres One Minute Sculptures de l’autrichien Erwin Wurm qu’ont pu expérimenter les plus audacieux à la Galerie de l’UQAM en 2008. Sculpter l’espace par le corps, par des positions précaires physiquement ou socialement.


Le geste pour le geste, c’est l’art pour la vie.

Joshua Allen Harris est ses sculptures éphémères dans la rue : des tas de sacs plastiques qui prennent la forme de bêtes fantastiques l’instant d’un coup de vent…



À vivre: La onzième édition d'Elektra - festival international arts numériques du 5 au 9 mai 2010. www.elektrafestival.com/2010
À voir: Nearly 90, la dernière chorégraphie de Merce Cunningham présentée au Festival TransAmériques le 27 et 28 mai 2010. http://www.fta.qc.ca/fr/2010/nearly-90

dimanche 28 mars 2010

Je serai ton miroir

Le trop bref Festival International du Film sur l’Art de Montréal (FIFA) prenait fin ce soir. Il nous rappelle chaque année que bon nombre de films sur l’art et de films d’art accumulent la poussière sur les tablettes de clubs vidéo obscurs et intellos ou dans les rangées de la bibliothèque du quartier. De véritables mines d’or pour nous, croqueurs d’art.


Choisissons d’aller vers l’art s’il ne vient pas à nous. Il est d’autant plus fascinant de creuser pour trouver des documents rares relatant le travail des artistes d’ici et d’ailleurs, d’aujourd’hui et d’hier. Le documentaire n’est-il pas en soi une mise en scène, une création? Le regard d’un artiste posé sur un confrère, un ami, une idole. Le désir d’ubiquité ou de mémoire historique.


John Everett Millais photographié par Julia Margaret Cameron:



David Hockney peint par Lucien Freud et Lucien Freud peint par David Hockney:



Les portraits d'artistes par d'autres artistes: curieusement attirants. Votre mission du printemps sera de les repérer dans vos livres, dans les musées que vous visiterez, dans vos clubs vidéo obscurs et intellos préférés...

À faire : Renouveler votre abonnement à la bibliothèque, ça urge.

À voir: Betty Goodwin: Le coeur à l'âme / réal., Claude Laflamme, Montréal 2002

À entendre: La bande sonore du documentaire Rivers And Tides. Le musicien Fred Frith inspiré de l'oeuvre du réalisateur Thomas Riedelsheimer, lui-même inspiré de l'oeuvre de l'artiste Andy Goldsworthy. Ouf!

mercredi 17 février 2010

Paysage et contemplation: empathie et apathie.

Yi-Fu Tuan a dit Le paysage nous parle, mais comment? (…) comprendre les dialectes variés et les personnalités distinctes du paysage et y répondre intelligemment, avec l’émotion appropriée. (traduction libre)

La notion de paysage est objet d’étude dans nombre de domaines. Comment réagissons-nous devant le paysage filmé? La représentation d'un endroit sucite en l'homme des réactions bien distinctes de l’expérience réelle du lieu. Un documentaire National Geographic, le vidéo amateur du touriste aux chutes Niagara, une installation vidéo dans une galerie.

Une installation vidéo dans une galerie? Les oeuvres de l'artiste islandais Oskar Ericsson présentées à Oboro ce mois-ci par exemple. La vidéo The Benefits of Doubt créée en 2008 est un diptyque d'une simplicité désarmante. La mer et son reflet. Aucun mouvement autre que l'imposant et impénétrable va et vient des vagues se frappant les unes aux autres. Pas étonnant que la mer ait été source d'inspiration des poètes, scientifiques et artistes de tout temps.

Ainsi sommes-nous peut-être intimidés par la grandeur de la nature et parfois contraints à la contemplation. La contemplation est synonyme de regard, de réflexion, de recueillement et d'admiration. Admiration des manifestations de la nature et de la vie, exaltation et empathie envers ce qui nous entoure. Pourtant, dans notre société, l'acte de contemplation est encore très souvent associé à l'apathie.



L'empathie

Aptitude permettant la compréhension des ressentis d'autrui. N'impliquant en rien le partage des sentiments ou une prise de position quant aux sentiments de l'autre.




Le paysage humanisé, qui contient les traces du passage de l'homme, celui qui fait appel à notre mémoire collective. Les paysages de Willie Doherty sont énigmatiques, lourds de sens et créent une réaction d'empathie, d'inconfort.

L'apathie

L'absence de sentiment. L'indifférence. L'abandon.

video
Je vous présente un court extrait de mes recherches actuelles sur le paysage, la notion de contemplation et l'abandon. À suivre...


À visiter: Absolument, le site web de l'artiste Oskar Ericsson http://www.oskarericsson.net/.

L'exposition chez Oboro se terminant sous peu, vous avez la chance de voir six extraits sur le site web.

À lire: Language of Landscape, Anne Whiston Spirn, Yale University Press, 2000

lundi 18 janvier 2010

Mamori et saga, la mémoire du trait

Membre fondateur du collectif Double Négatif et vedette de l’univers vidéo underground montréalais, Karl Lemieux n’est pas un habitué des sentiers battus. Et pourtant, c’est au Musée d’art contemporain de Montréal qu’il a choisi de présenter sa dernière réalisation: Mamori.



Le format cinématographique qu’offre l’obscure salle Beverley Webster Rolph rend honneur au travail magistral et minutieux du vidéaste. L’énergie des traits de Karl Lemieux n’est pas sans rappeler les coups de pinceaux des maîtres calligraphes.


La quête de la simplicité et de l'essence du trait côtoie l’énergie animale évoquée par les ombres, le mouvement et la lumière de la très sensible pellicule. À cela s’ajoute le travail sonore du compositeur espagnol Francisco Lopez, une trame qui transcende le temps et le lieu vers le souvenir lointain du premier instrument d’expression de l’Homme : le geste. À voir absolument cet hiver, et ce plusieurs fois.

Deux étages plus haut, encore le trait, le noir et le blanc. La vidéo Volcano Saga (1989) de la pionnière américaine Joan Jonas nous rappelle toute la complexité de la matérialité du médium. L’incrustation et la performance vidéo au service de la fable, de la saga. Jonas la conteuse confrontant les faiblesses humaines.


Et déjà, le tableau et la craie.


Le trait.


Vingt ans plus tard, Joan Jonas en est toujours à sonder l’infinité de possibilités et de significations du trait. Reading Dante, sa plus récente installation présentée à la dernière Biennale de Venise, aborde le Mythe par la performance et le geste calligraphique.

Lors de mon séjour cet automne à la Biennale de Venise, j’ai pu capter un extrait de l’installation, en toute légalité. Je le partage avec vous, malgré la faible qualité d’enregistrement.


video

À voir: la très belle adaptation du poème de Judy McInnes Jr. Luv Junket. L'incrustation au service du mythe. http://www.clipser.com/watch_video/462439

À entendre: Ma découverte 2010, un blog à surveiller. Tout simplement inspirant. http://www.soundwalk.com/blog/

À lire: Tous les ouvrages du poète, écrivain et calligraphe François Cheng, particulièrement Vide et plein : le langage pictural chinois, aux Éditions du Seuil.