samedi 31 décembre 2011

Le guide du parfait artiste - édition 2012



Vous vous souvenez le bricolage? L'un des premiers actes de création du petit artiste en devenir. Parfois on met tant d'énergie à tenter de contrôler des médiums pas possibles, des technologies tellement variées et infinies qu'on en oublie la spontanéité, la vivacité, la joie. Une oeuvre a bien le droit d'être miniature, d'être en bouts de ficelle et de carton. Elle n'a pas toujours à prouver que son créateur est capable de tout. Avec le multidisciplinaire est née une certaine ère de liberté, autant de possibilités qu'on ne saurait en nommer. 

Et comme on exige de chacun une polyvalence, un savoir horizontal et vertical: L'artiste doit tout connaître des logiciels de modélisation 3D, être à la fine pointe des technologies web, sonores, des écrans et des projections. Il a aussi le devoir de maîtriser les bases académiques, le modèle vivant, la chimie des matériaux. À l'époque des médias sociaux, être artiste requiert également des talents et aptitudes en communication, design, évènementiel, service à la clientèle. Parler plusieurs langues, un must. Être habile avec les chiffres, essentiel.

Mon unique échappatoire, puisque je remplie que bien peu de ces nombreuses exigences, est de faire tout un peu tout croche. Mes vidéo sont des collages pas vraiment techno, mes installations sont bricolées, mes peintures n'en sont pas, elles sont de fibres et de chimies incontrôlées et mes communications... c'est vous.

Notre monde rapide et explosif exige beaucoup de tous les êtres et heureusement, nous avons la capacité souvent de nous accepter tel que nous sommes et d'essayer très fort de devenir ce que nous choisissons d'exiger de nous-même. 

Ce sera une autre belle année pour les arts.

lundi 31 octobre 2011

Art story



Tomber amoureux. Rencontrer cette personne-là, qu'on attendait sans trop sans rendre compte. Se sentir plus tangible que jamais juste parce qu'on réussit à sortir un peu de soi. On se décale, on fait un petit voyage astral et on se voit de dehors, comme à l'intérieur de l'autre. Au début on dit seulement ce qui paraît bien, attirant. Éventuellement l'autre en veut plus. On lui ouvre une porte et puis une autre. Et alors pour lui il faut creuser plus loin, lui prouver qu'on a existé avant lui.


On tombe amoureux et on souhaite ne jamais être séparé de l'autre. On ne veut pas rester seul.


L'art m'a rencontrée quelques années seulement après ma naissance. Je ne sais pas trop comment ça s'est passé. Malgré toutes mes histoires de famille, toutes mes histoires d'enfant voilà qu'il m'a trouvé.


Depuis, je n'ai plus jamais été seule. Je veux lui prouver des tas de choses et ça exige beaucoup de moi.


Je ne sais plus trop si j'ai existé avant lui.




vendredi 30 septembre 2011

Le silence crée la stupeur



Petit fait divers. Hier soir, lasse et endormie, j'agrippe la télécommande et éteint le téléviseur. Mon chat qui passait par là a alors réagi très fortement. À mon grand étonnement, il a sursauté. Je vous dis, un coup de tonnerre aurait eu le même effet.

Ce serait donc à dire que le silence a le pouvoir de faire tressaillir, de créer la stupeur.

Ça me rappelle une phrase de Kandinsky : Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

Le silence n’est alors pas que la mort, que l’arrêt, la disparition et l’effacement. Il est renaissance, reconstruction, le silence est le possible. Comme après la guerre, quand on enterre les morts, qu’on soigne les survivants, qu’on se soigne et qu’on rebâtie. Autour des tombes, il y a le silence de la nature et de l’air.

Le 11 septembre dernier (c’est la vérité), avait lieu un déjeuner causerie dans le cadre du Mois de la photo de Montréal. Beaucoup d’émotivité, beaucoup de silence et même quelques malaises. Les artistes, souvent mauvais vendeurs, pataugent dans des émotions intimes qui bien que nécessaires à leur état de création, ne se révèlent que biographies superflues lors de la réception des œuvres. Et soudain, la stupeur. Le photographe et minier Roger Ballen entre en scène. D’un silence lourd de sens ponctué de poésie, il balaie les incertitudes et les égarements. Sa voix théâtrale hypnotise, se propage gravement et résonne dans cet immense arsenal pour transmettre une chair de poule générale à l’assemblée. Il est question de sonder les profondeurs de la psychologie humaine, de retourner les globes oculaires vers l’intérieur. Ceux qui y étaient s’en souviendront je crois. Moi ça m’a marquée.

Des images fantastiques et des silences qui le sont encore plus. Il n’en faut pas plus pour comprendre que tel le phœnix qui renaît de ses cendres, l’être humain ne serait rien sans le néant. Dans le silence, il y a l’effacement, la mort, la disparition et donc la reconstruction, la création et encore l’idée que tout est possible. Et il y a la nostalgie aussi, mais ce sera le sujet d’un autre billet, parce qu’il est temps que je me taise.

À voir: http://rogerballen.com/

À entendre: Le merveilleux 4min33 de John Cage: http://www.youtube.com/watch?v=gN2zcLBr_VM

samedi 30 juillet 2011

Le travail timide



Une première exposition depuis la fin des études. Merci à tous ceux qui ont fait de la soirée du vernissage et des autres jours de l'exposition un véritable défilé de mots, d'encouragements, d'intérêt et de présence. Mes oeuvres et moi sommes si intimidées par le regard des autres! Pourtant, votre regard a été respectueux, parfois tendre, parfois perplexe, mais toujours respectueux.


Timide ou pas, montrer mon travail lui confère de nouveaux sens, parce qu'entre les murs de l'atelier, personne d'autre que moi n'est là pour entendre le bruits des arbres qui tombent.







Le vent dans les voiles, vous m'avez offert un élan fou: de nouveaux projets dont je vous parlerez bien assez tôt...

Et le Fast Festival de Sorel Tracy qui se termine ce soir. J'y présentais une installation vidéo...
Extrait de L'une l'autre bientôt disponible: vimeo.com/marielevasseur




À voir: l'exposition de Berlinde De Bruyckere au DHC/ART. Dur, poétique et terrifiant: à l'image de la nature humaine.

À vivre: Le Musée d'art contemporain du Massachuset (MASSMOCA) dans un petit trou ex-industriel qui a trouvé son salut en l'art. Les fresques de la rétrospective de Sol Lewitt sur trois étages sont à couper le souffle: je crois que les oeuvres de Lewitt nous rendent meilleurs.

jeudi 9 juin 2011

Une question à bien des réponses




Un nouvel atelier. Une exposition en juillet. Le travail va bon train, je mène plusieurs projets de front et ne réalise pas tout ce temps qui passe. Ceux qui me sont chers vieillissent ou ont des petits bébés, ils sont si près et si loin à la fois. Je ne sais plus qui a dit: on ne change pas, on devient juste plus nous-même.


C'est une tâche assez ardue et abstraite devenir qui on est vraiment. Où suis-je bien, pourquoi suis-je bien quand je le suis? Pourquoi suis-je là? Trouver sa place. Créer. Je me sens à ma place à l'atelier, au musée, à la galerie, et le nez dans les livres. Je me sens à ma place lorsque je suis seule. Je suis comme ça.


L'artiste n'est pas toujours intéressant, drôle, divertissant, rentable. Je suis artiste, j'espère du moins le devenir, et je crois viséralement que l'art est une réponse à bien des questions.


Ou plutôt une question à bien des réponses.







dimanche 1 mai 2011

Être discrètement difficile


Je me lève tous les matins en pensant à l'art. Je me suis réveillée dans un petit bed and breakfast à Toronto le week-end dernier dans l'unique but avoué de visiter les musées:

La rétrospective de l'oeuvre de Peterson Ewen à la Art Gallery of Ontario m'a laissé sans voix. Côtoyant l'émouvante exposition des carnets et plaques de cuivres de Betty Goodwin, Inspiration et influence nous rapelle comment une oeuvre est issue de la complexité des sentiments et de la mémoire de son auteur.

Paterson Ewen a jeté un pont entre la peinture et la sculpture. Il a vécu une vie à la fois sombre et extraordinaire: un anglophone sous l'aile des signataires du Refus Global, qui épousa la merveilleuse Françoise Sullivan. Un homme géant et fragile, atteint de maniaco-dépression et d'alcoolisme, amoureux de la météo et de la géologie. Vous trouverez plus bas un documentaire offert par l'ONF où Peterson Ewen et compagnie cassent la baraque.



Voici un petit bout d'une oeuvre en cours, un teaser. Je travaille présentement à des travaux qui quittent doucement la peinture pour aller vers la matière plus tactile et textile. Une première oeuvre de cette série présentée en juillet, à la galerie Espace. Je vous en reparlerai. D'ici-là, chérissons la beauté des contradictions humaines, soyons humbles et n'ayons pas peur d'être seuls, vulnérables et mélancoliques. N'ayons pas peur d'être dérangeants, différents, difficiles et compliqués.


dimanche 27 mars 2011

Gaucher et Inglis, artistes émergents



J'aurai 25 ans dans quelques jours. Cet article est un peu personnel, disons plus qu'à l'habitude.
Je me revois il y a quelques semaines...

J'ai la chance d'arpenter le trop too much MOMA de New-York. À plusieurs reprises, je demeure immobile comme hypnotisée par les tableaux des grands peintres expressionnistes. Et survient la question tellement egocentrique: comment elle ou il était à mon âge? À 25 ans, quel genre d'artiste je suis?

À 25 ans, Nam June Paik rencontrait John Cage et Joseph Beuys à Munich, où il étudiait l'histoire de la musique.

En 1596, à l'âge de 25 ans, la miniaturiste, auteure et calligraphe Esther Inglis mariait le prêtre Bartholomev Kello, dont le père fut pendu pour le meurtre de sa femme.

Yves Gaucher a connu le succès très jeune, malgré son travail non-conventionnel. À 25 ans, il a déjà une exposition solo à la galerie l'Échange et devient en 1960 le président fondateur de l'Association des peintres graveurs de Montréal.

À 25 ans, Betty Goodwin débute en force une carrière de peintre et de graveure. Vingts ans plus tard, insatisfaite, elle détruit l'entièreté de son oeuvre. C'est alors que nait réellement l'oeuvre magistrale qu'on connait aujourd'hui.

Je suis de retour au MOMA, devant No.5/No.24, une peinture de 1948 de Mark Rothko. Cette pièce m'émerveille, l'huile n'a jamais semblé si légère, si intriguante. Des teintes de terre, de caverne. Des formes comme un paysage de mots sourds.

À 25 ans, Rothko participait à sa première exposition de groupe à la Opportunity Gallery de New York.

Et puis les murs du musée disparaissent, le temps s'arrête. Il n'y a que moi et la toile. Entre nous des dizaines et des dizaines d'années. Tout ce temps que j'aurai et où il faudra penser à faire de l'art pour l'art, pour moi et pour l'expérimentation.
Et pour aucune autre raison.
Ni l'argent, ni la reconnaissance, ni l'accomplissement de soi.

À voir: Les expositions des jeunes artistes en début de carrière. Visitez les galeries universitaires.

À entendre: Les installations d'Anri Sala au Musée d'art contemporain de Montréal.



jeudi 17 février 2011

Une nuit de couleur


Nous vivons la couleur.


Choisir un noir m'est une expérience déchirante. L'est tout autant le danger du mélange, l'incertitude de la science très naturelle, complexe et secrète de la chimie des pigments. Choisir un blanc, c'est marcher du côté de ce qui n'est pas. La couleur donne un sens à ce tout ce qui est et le blanc donne un sens à tout ce que nous ne sommes pas. Le vide. Nous sommes habités par le vide, cet espace de liberté qui dit: il n'y a pas de limite.

L'impression d'immensité des petites acryliques sur papier peintes par Rothko peu avant qu'il ne s'enlève la vie.

Evgen Bavcar, le photographe aveugle. La lumière, les taches, le visible et le non-visible. Encore le blanc. Encore le noir.

La ville de Tirana, capitale d'Albanie. Pas d'infrastructure pour l'électricité ou pour l'eau. Une trop grande population. Un maire artiste peintre amateur de Mondrian. Une ville multicolore belle et triste.


La couleur et le noir et le blanc: pas les codes ni les références. La couleur des fleurs sur la table de ma cuisine, du noir de ma nuit et du blanc de mon infini.



lundi 31 janvier 2011

La beauté sauvera le monde






Détournement: devenir un artiste sous une couverture de 9 à 5.

Il existe un petit mouvement plutôt secret basé sur un principe assez simple et diabolique. Je vous en fais part, je vous sais discrets...

L'idée a été lancée par un gardien de musée, étudiant en arts, qui travaillait l'intervention et l'in-situ ni vu ni connu. D'une à deux petites interventions ou mini-sculptures par journée de travail, il a peu à peu augmenté le pourcentage d'heures de travail payées, mais consacrées illicitement à créer. Il a ainsi réussi à faire et documenter des centaines d'oeuvres sans éveiller les soupçons de ses patrons!

Votre emploi prend trop de votre temps et brime votre créativité? Détournez-le et tentez le farfelu pari d'une journée de boulot payée et constituée à disons 20% de détournement artistique!


Pour vous inspirez, Dalton Ghetti, sculpteur de mine de crayon de plomb


Enfermement: devenir commissaire en milieu carcéral.

Le Louvre s'est associé à une prison en bordure de Paris pour présenter une exposition inédite. Une dizaine de prisonniers ont eu la tâche de sélectionner des oeuvres de la collection du célèbre musée, d'écrire les textes d'accompagnement et de participer à la scénographie de l'exposition. Les reproductions haute résolution et grandeur nature sont accrochées aux murs de la triste et froide cour de la prison. Luc Lang dirigera le catalogue du projet Au-Delà, on a bien hâte de se le procurer. Romain Gary a dit "Il faut racheter le monde par la beauté: la beauté du geste, de l'innocence, du sacrifice, de l'idéal".




Dostoïevski a dit "La beauté sauvera le monde".
Parce que l'Art me rappelle sans cesse que la liberté réside en l'esprit:


L'oeuvre au début de l'article et les deux encres ci-bas sont un petit aperçu des mes travaux actuels qui seront exposés en juillet 2011 à la galerie Espace.