vendredi 30 septembre 2011

Le silence crée la stupeur



Petit fait divers. Hier soir, lasse et endormie, j'agrippe la télécommande et éteint le téléviseur. Mon chat qui passait par là a alors réagi très fortement. À mon grand étonnement, il a sursauté. Je vous dis, un coup de tonnerre aurait eu le même effet.

Ce serait donc à dire que le silence a le pouvoir de faire tressaillir, de créer la stupeur.

Ça me rappelle une phrase de Kandinsky : Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement.

Le silence n’est alors pas que la mort, que l’arrêt, la disparition et l’effacement. Il est renaissance, reconstruction, le silence est le possible. Comme après la guerre, quand on enterre les morts, qu’on soigne les survivants, qu’on se soigne et qu’on rebâtie. Autour des tombes, il y a le silence de la nature et de l’air.

Le 11 septembre dernier (c’est la vérité), avait lieu un déjeuner causerie dans le cadre du Mois de la photo de Montréal. Beaucoup d’émotivité, beaucoup de silence et même quelques malaises. Les artistes, souvent mauvais vendeurs, pataugent dans des émotions intimes qui bien que nécessaires à leur état de création, ne se révèlent que biographies superflues lors de la réception des œuvres. Et soudain, la stupeur. Le photographe et minier Roger Ballen entre en scène. D’un silence lourd de sens ponctué de poésie, il balaie les incertitudes et les égarements. Sa voix théâtrale hypnotise, se propage gravement et résonne dans cet immense arsenal pour transmettre une chair de poule générale à l’assemblée. Il est question de sonder les profondeurs de la psychologie humaine, de retourner les globes oculaires vers l’intérieur. Ceux qui y étaient s’en souviendront je crois. Moi ça m’a marquée.

Des images fantastiques et des silences qui le sont encore plus. Il n’en faut pas plus pour comprendre que tel le phœnix qui renaît de ses cendres, l’être humain ne serait rien sans le néant. Dans le silence, il y a l’effacement, la mort, la disparition et donc la reconstruction, la création et encore l’idée que tout est possible. Et il y a la nostalgie aussi, mais ce sera le sujet d’un autre billet, parce qu’il est temps que je me taise.

À voir: http://rogerballen.com/

À entendre: Le merveilleux 4min33 de John Cage: http://www.youtube.com/watch?v=gN2zcLBr_VM