jeudi 22 novembre 2012

Le coyote, le renard et les autres

 
À défaut de grandes oeuvres, d'un chef-d'oeuvre, il y a la poésie. La rime du blanc et du noir.
Quitte à ne pouvoir prendre son temps, parlons très très vite et très très fort.
La lumière braquée dans les yeux, la bouche pleine, la nausée et la musique au maximum.
 
Et c'est alors que les bêtes nous murmureront et il faudra les écouter.
Elles nous parlerons de naissance, de souffrance et de mort.
Et nous les suivront, de l'autre côté du miroir.

 
 
 
 
 
 
 



jeudi 11 octobre 2012

L'artiste est un chaman

Antoni Tapiès a voulu devenir artiste pour pouvoir créer des tableaux qui pourraient guérir. Des tableaux qu'on aurait placés sur son front pour tuer la maladie et la souffrance.

Robert Rauschenberg a un jour peint une toile pour l'offrir à un collègue malade, dans le but avoué de le soigner.

Nous pourrions être transformés par une oeuvre;
L'art pourrait être un processus biologique inévitable;
La couleur pourrait avoir un effet sur nos cellules et les cellules des petites mouches;

jeudi 28 juin 2012

Vu et su dans mon quartier - Partie 2


Le marché St-Jacques est un édifice d'inspiration art déco au coeur du quartier Centre-Sud. Après être tombé dans l'oubli et dans l'indifférence dans les années 1990-2000, le voici qui revient à la surface. De retour dans le circuit des marchés publics, il a demandé aux artistes un coup de beauté. Comment ne pas succomber au charme de sa façade et de ses plafonds infinis. 

Mes oeuvres miniatures, devenues grandes grâce à la magie de l'impression, y entrent en terre inconnue. Elles n'ont pas l'habitude des foules. Toute la journée, elles regardent les voitures passer. Le soir venu, après le boulot, après l'atelier, je marche sur Ontario. La rue est habitée de néons, de coins sombres et de créatures nocturnes en runnings ou en talons. Je marche et je me questionne, encore et toujours: Comment vivre de mon art? Comment rattraper tout ce temps perdu hors-atelier? Comment voyager?

Je marche. Ma tête et mon coeur se remplissent de doute, de peur, d'un peu de tristesse aussi. Je lève les yeux vers le sommet art déco du marché St-Jacques et j'aperçois ces immenses bannières: mes oeuvres à moi, au vu et au su de tous. Les ondes négatives font place à la fierté, à une joie incommensurable. Mon égo se gonfle à bloc et je reprends le chemin de la maison le coeur léger et la tête dans les nuages.

Sous la couette, je ferme les yeux. Je me retrouve allongée sur un vaporetto longeant la Grand Canal. Les façades sublimes des palais défilent. Le Carnaval, la Biennale, la Mostra: les plus merveilleux artistes du monde entier, les plus belles couleurs et les plus incroyables poésies. Étourdie de beautés, je remarque un minuscule palais, caché aux confins d'une ruelle. Sous un pont. Sous l'eau même. Sous les remous et les vagues s'érige un petit palais, un marché... orné de mes trois bannières. Trois raisons de m'endormir ce soir.

vendredi 25 mai 2012

Vu et su dans mon quartier - Partie 1



Mon quartier est l'un des plus anciens de la ville. Le Faubourg à m'lasse, le Bas de la ville. Un lieu complexe, sensible et fracturé. Des usines transformées en théâtres et en ateliers. Des rues comme maison pour certain.

Pour moi, des rues où marchait mon grand-père enfant, pieds nus. Parce qu'on m'a si souvent raconté cette histoire où mon grand-père, tout petit, inaugurait le très grand pont Jacques-Cartier. C'était le pont du Havre à l'époque. 

Le deuxième pont le plus meurtrier en Amérique du Nord: entendez-vous le triste murmure des fantômes de Centre-Sud?

J'ai eu l'honneur d'exposer à l'encan bénéfice de l'Écomusée du fier monde en mai dernier. Un musée de quartier: quelle idée superbe. Aux côtés de géants: Riopelle, Ferron, Wolfe, ma petite oeuvre a bien bombé le torse!


 

vendredi 13 avril 2012

À la vue des carnets



L'art vu de mon atelier, c'est l'art vu des yeux de mes carnets posés sur moi qui s'affère à les remplir. Ils m'observent, me laisse faire tout ce qui me passe par la tête. Quand ils sont plein ou que j'en ai assez eux, je les cache loin de tout, comme de légers secrets trop étranges pour être partagés.


Je retrouve ces carnets lorsque je déménage. Je me surprends à devenir touriste de mes anciennes pensées. On est si rapidement à des milles de ce qu'on était la veille. Je retrouve mes vieux copains de fortune, camarades des mirages et des rêves qui m'accompagnent chaque soir.


Où étais-tu le 5 mai 2008? Je ne sais pas. J'ai un indice, une énigme à déchiffrer qui pourrait peut-être nous être utile.


Des dizaines de carnets. Le premier date du début de mon adolescence. Et le dernier en est à sa troisième page. Je remarque qu'ils sont plus petits avec le temps, plus portatifs: c'est ça le progrès, non?



J'ai toujours adoré pouvoir consulter les carnets à croquis des artistes. Dans les musées, dans les bios. À mon sens, tout est là. J'aimerais que tous les poètes, scientifiques et artistes publient leurs carnets. Qu'existe-t-il de plus intime, de plus vrai et émouvant? Et je ne parle pas des carnets à croquis jolis, pensés pour les autres. Ceux qui sont vraiment très difficiles à montrer. Je pile sur mon orgueil aujourd'hui pour vous montrer ces vieilleries. Parce que je connais bien le plaisir que ça vous procurera.



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mardi 31 janvier 2012

Le semeur

À la mémoire de Lucien Samuel


Il suffit parfois d'un seul mot ou d'un sourire bien envoyé, au bon endroit et au bon moment. Un élément déterminant qui déclenche chez une fillette un peu pâlotte l'ambition démesurée, le désir ultime de devenir une grande artiste. 

Tous les jours de petite école, je retournais dîner à la maison. Ma grand-mère nous y attendait, mes soeurs et moi. Elle prenait bien soin de plier un essuie-tout en papier pour chacune de nous et d'y dessiner d'une main maladroite et aimante, une série de personnages et d'animaux. Ma première collection d'oeuvres d'art.

Mon grand-père n'avait qu'à me regarder de ses beaux yeux remplis de bonheur et de complicité pour que je me transforme en apogée de tous les potentiels du monde. Il a semé l'idée que je méritais d'être qui je voulais être.

La petite fillette que j'étais a reçu pour ses huit ans un portfolio en cuir. Je ne pouvais pas le soulever tellement il était grand. Il était grand et magnifique et je l'ai conservé comme un trésor au fond de mon garde-robe pendant près de quinze ans. Quelle mère aurait offert un tel cadeau à un enfant de huit ans? Une mère qui connait si bien son enfant, plus qu'elle-même. Ce cadeau a changé ma vie. Il a semé l'idée que je devais devenir qui je voulais être.

Que je me le dois, je nous le dois toutes.