mardi 31 janvier 2012

Le semeur

À la mémoire de Lucien Samuel


Il suffit parfois d'un seul mot ou d'un sourire bien envoyé, au bon endroit et au bon moment. Un élément déterminant qui déclenche chez une fillette un peu pâlotte l'ambition démesurée, le désir ultime de devenir une grande artiste. 

Tous les jours de petite école, je retournais dîner à la maison. Ma grand-mère nous y attendait, mes soeurs et moi. Elle prenait bien soin de plier un essuie-tout en papier pour chacune de nous et d'y dessiner d'une main maladroite et aimante, une série de personnages et d'animaux. Ma première collection d'oeuvres d'art.

Mon grand-père n'avait qu'à me regarder de ses beaux yeux remplis de bonheur et de complicité pour que je me transforme en apogée de tous les potentiels du monde. Il a semé l'idée que je méritais d'être qui je voulais être.

La petite fillette que j'étais a reçu pour ses huit ans un portfolio en cuir. Je ne pouvais pas le soulever tellement il était grand. Il était grand et magnifique et je l'ai conservé comme un trésor au fond de mon garde-robe pendant près de quinze ans. Quelle mère aurait offert un tel cadeau à un enfant de huit ans? Une mère qui connait si bien son enfant, plus qu'elle-même. Ce cadeau a changé ma vie. Il a semé l'idée que je devais devenir qui je voulais être.

Que je me le dois, je nous le dois toutes.


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