jeudi 28 juin 2012

Vu et su dans mon quartier - Partie 2


Le marché St-Jacques est un édifice d'inspiration art déco au coeur du quartier Centre-Sud. Après être tombé dans l'oubli et dans l'indifférence dans les années 1990-2000, le voici qui revient à la surface. De retour dans le circuit des marchés publics, il a demandé aux artistes un coup de beauté. Comment ne pas succomber au charme de sa façade et de ses plafonds infinis. 

Mes oeuvres miniatures, devenues grandes grâce à la magie de l'impression, y entrent en terre inconnue. Elles n'ont pas l'habitude des foules. Toute la journée, elles regardent les voitures passer. Le soir venu, après le boulot, après l'atelier, je marche sur Ontario. La rue est habitée de néons, de coins sombres et de créatures nocturnes en runnings ou en talons. Je marche et je me questionne, encore et toujours: Comment vivre de mon art? Comment rattraper tout ce temps perdu hors-atelier? Comment voyager?

Je marche. Ma tête et mon coeur se remplissent de doute, de peur, d'un peu de tristesse aussi. Je lève les yeux vers le sommet art déco du marché St-Jacques et j'aperçois ces immenses bannières: mes oeuvres à moi, au vu et au su de tous. Les ondes négatives font place à la fierté, à une joie incommensurable. Mon égo se gonfle à bloc et je reprends le chemin de la maison le coeur léger et la tête dans les nuages.

Sous la couette, je ferme les yeux. Je me retrouve allongée sur un vaporetto longeant la Grand Canal. Les façades sublimes des palais défilent. Le Carnaval, la Biennale, la Mostra: les plus merveilleux artistes du monde entier, les plus belles couleurs et les plus incroyables poésies. Étourdie de beautés, je remarque un minuscule palais, caché aux confins d'une ruelle. Sous un pont. Sous l'eau même. Sous les remous et les vagues s'érige un petit palais, un marché... orné de mes trois bannières. Trois raisons de m'endormir ce soir.